Juste au sortir d’Evers (quatre voies vers Saint-Boulon),
Un bel embouteillage occupait l’autre sens
Qui rejoint la rocade. À chaque fois, j’y pense,
C’est ceux qui bossent en ville qui se tapent le bouchon.
Moi, c’est à la campagne que j’ai ma situation
À quarante kilomètres, on a mis des bureaux,
Dans des pavés blancs ternes, issus de subventions :
Le « Carrefour des Estuaires », y’a que des métiers sots…
Un matin indistinct, gris comme ses voisins,
Sauf que l’embouteillage résulte d’un accident.
À cent mètres du périf, un beau modèle allemand,
Avait été conduit jusque dans un terre-plein.
Voilà mon analyse après bref examen.
Je regardais la route en croisant tous ces gens
Je savais leur futur, eux encore incertains
De la cause de ces flèches qui clignotent en avant.
J’ai croisé une voiture
Où était cette femme.
Une parmi tant d’autres,
Je l’ai peut-être pas vue.
Ou juste son visage
À plus de cent à l’heure.
Les feux l’ont avertie,
Ceux de ceux plus avant
Et l’ont hissée hors de la transe.
Elle ralentit bien sûr,
Ne pas rentrer dedans.
Elle se réveille en somme.
La radio, elle fait mine
De l’entendre. Autour d’elle,
Elle observe, une aubaine ?
Une échappatoire ?
Non, tout est bloqué là.
Et elle s’est résignée.
Il a fallu qu’elle stoppe
Comme ça, pour qu’elle comprenne
Que la radio l’ennuie.
Ces types chaque jour les mêmes
Ont un avis sur tout.
De chaque sujet savants…
Comment peut-on y croire ?
Eux font pourtant comme si
Et elle fidèle, elle reste.
C’est une station sans pub,
Je pense que c’est pour ça.
Et puis, les écoute-t-elle ?
La guerre, par exemple,
Ils nous l’avaient bien dit,
Mais avec tous ces cons,
Personne ne les écoute.
Eux ils ont un remède,
Mais qui aura le courage ?
Le cinéma aussi,
Voire même un livre peut-être.
Bon, n’exagérons pas,
Pas tout le monde est là,
À ne rien écouter.
Y’en a des attentifs.
Qui disent à la cantine
L’édito du matin.
Pourquoi pas la musique ?
Elle a bien des cds
Qu’elle sort parfois, pas toutes,
Aux moments d’apparat.
Mais le chanteur l’emmerde.
Il y a là, une sortie…
Bloquée, tu penses, quelle merde.
Elle voit fumer un type.
L’imiterait volontiers.
Mais elle n’a rien sur elle.
Un téléphone portable ?
Mais qui appeler alors ?
Sa mère, tu parles, quelle plaie…
Pas son connard de frère.
Des amis ? Quels amis ?
La radio continue.
Un professeur explique
Les volcans et leurs bulles
Qui connectent leurs gaz,
Et font un continuum
En lieu du fluide visqueux.
Et de l’air incorporent…
Mais quel animateur,
Vraiment un misérable,
Il n’entrave vraiment rien.
Honte sur sa bêtise.
Elle, elle s’en fout de ça,
N’écoute pas même un peu.
Son boulot est pénible,
Elle n’est pas reconnue.
Après de telles études,
Elle pourrait tout plaquer.
Tiens, c’est vrai, à quoi bon ?
Ces collègues à la con.
Et son chef au sommet !
Pourquoi ne pas partir,
Tenter un demi-tour
Et marcher dans la brume.
Tous ces champs alentour,
Elle n’en connaît aucun…
Arrive le carambolage.
Une berline est encastrée.
La voiture est familière :
Celle du chef abhorré…
Elle ira au bureau,
Tant de choses à discuter.